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Séminaire sur les Relations Economiques Intergénérationnelles et le Changement Démographique

Honolulu, Etats-unis, 12-15 septembre 1995
Organisé par la Commission de l'UIESP de Démographie Economique et l'East-West Center

Rapport

Dans les pays industrialisés, le XXe siècle aura d'abord été marqué par une baisse de la mortalité infantile. Il s'en est suivi une baisse importante de la fécondité, interrompue par le baby-boom. Parallèlement, on assistait à une augmentation marquée de la probabilité d'atteindre l'âge de 65 ans. De moins en moins d'enfants et de plus en plus de personnes âgées, voilà en quelques mots le bilan démographique de ces pays à l'entrée du XXIe siècle. Alors que cette évolution démographique poursuivait son cours, les leçons de la crise économique de 1929 et la croissance rapide et soutenue de l'économie après la deuxième grande guerre auront favorisé la mise sur pied de plusieurs programmes qui ont modelé la politique de sécurité sociale de nombreux pays. Bien que ces programmes touchent l'ensemble de la population, plusieurs avaient pour but d'améliorer la situation économique des personnes âgées. Alors que pendant quelques décennies la structure démographique a pu être favorable au bon fonctionnement de ces programmes, la fin des années 1970 a marqué le début d'une période où leur financement devenait de plus en plus précaire. L'accessibilité et la générosité des programmes variant d'un pays à l'autre, la situation est devenue davantage problématique dans certains pays. Les années 1980 auront été quant à elles le début d'une remise en question de la viabilité des régimes de retraite PUBLICs et des programmes de sécurité de la vieillesse. Des mesures ont déjà été introduites visant à reculer l'âge de la retraite, augmenter le nombre d'années de cotisations donnant droit à une pleine rente de retraite, augmenter les taux de cotisations ou éliminer l'universalité des programmes de sécurité de la vieillesse là où ces derniers avaient été mis en place. De plus, certains pays ont transformé leur régime de retraite PUBLIC par répartition en un régime capitalisé. Autant l'instauration des différents programmes de sécurité économique destinés aux personnes âgées que les modifications qui leur sont aujourd'hui appliquées, affectent les relations économiques entre les générations.

Par ailleurs, depuis toujours des échanges de nature économique ou autre s'effectuent entre les membres d'une même famille. Ces échanges contribuent, tout comme dans le cas des transferts au niveau des programmes sociaux, à redistribuer la richesse entre d'une part les mieux nantis et les plus démunis et, d'autre part, entre les générations. Dans les pays en voie de développement, la prise en charge des personnes âgées étant beaucoup moins socialisée, les échanges familiaux jouent un rôle prédominant dans cette redistribution. Plusieurs théories ont tenté d'expliquer les motivations favorisant ces tranferts qui tantôt sont en faveur des plus âgés et tantôt en faveur des plus jeunes. Par simple altruisme ou par stratégie, il n'en demeure pas moins que les transferts familiaux comptent pour une part importante du bien-être de l'ensemble des générations. Qu'ils prennent la forme de transferts monétaires ou de services, les échanges entre générations d'une même famille doivent être considérés lorsque nous voulons mieux comprendre les mécanismes de redistribution de la richesse dans un pays donné.

Finalement, on ne peut négliger l'effet des politiques gouvernementales sur l'accumulation de l'épargne et les transferts familiaux. Lorsque les gouvernements adoptent des politiques qui tendent à vouloir assurer la sécurité économique des plus âgés, il est certain qu'elles auront pour effet de modifier le sens, la nature et l'ampleur des échanges entre membres d'une même famille. Pour mieux comprendre l'incidence d'une politique quelconque sur le bien-être d'une sous-population donnée, on devra donc tenir compte de son impact sur les échanges au niveau de la famille. Négliger cette réalité pourrait conduire à une sous-estimation, ou encore à une sur-estimation, de l'incidence des politiques envisagées.

Le séminaire tenu à Hawaï en septembre 1995, organisé conjointement par la Commission de démographie économique de l'UIESP et le East-West Center Program on Population, a permis d'approfondir le lien entre les relations économiques inter- générationnelles et le changement démographique. Au total, 17 communications ont été présentées, certaines se questionnant sur le rôle de l'état et l'incidence d'éventuelles modifications à des programmes existant de sécurité du revenu pour les personnes âgées, d'autres s'intéressant davantage au rôle de la famille dans la redistribution de la richesse entre générations. Ce texte est un bref résumé des communications présentées au cours des trois jours de ce séminaire.

Soulignons d'abord que dans certains cas la présentation des participants mettait davantage l'accent sur les considérations méthodologiques que sur les résultats de la recherche. Nous nous limiterons ici à ces derniers, laissant aux lecteurs intéressés par la modélisation économétrique des théories avancées le soin de se référer à la publication des Actes du séminaire. Ajoutons que ce séminaire était divisé en quatre séances que nous regrouperons ici sous deux grands thèmes: les échanges au niveau macro-économique, c'est-à-dire les échanges entre générations qui résultent des programmes gouvernementaux et se traduisant par une redistribution collective de la richesse; les échanges au niveau micro-économique, c'est-à-dire les échanges entre les membres d'une même famille se traduisant par une redistribution familiale de la richesse.

Les échanges au niveau macro-économique

Comme il est mentionné précédemment, nous avons ici regroupé les communications qui abordaient la notion de transfert de façon agrégée. Dans la plupart des cas, on étudie la somme des coûts engendrés par certains programmes de sécurité du revenu destinés aux personnes âgées, ou par une modification de ces derniers, tout en s'interrogeant sur le fardeau économique que représente ces coûts pour différentes générations. Soulignons que la très grande majorité des communications abordant ce thème s'intéressaient à la situation en Amérique du Sud ou aux états-unis. Dans la plupart des cas, la principale préoccupation demeure la viabilité des régimes de retraite PUBLICs par répartition et les coûts assumés par différentes générations si des modifications sont apportées à ces régimes; modifications pouvant aller de l'augmentation de l'âge de la retraite à la capitalisation des régimes. Toutefois, d'autres préoccupations ont aussi été soulevées parmi les textes regroupés sous ce premier thème.

Le texte de R. Lee propose d'étudier la direction des transferts nets dans les sociétés pré-industrielles: ces transferts se font-ils des plus jeunes vers les plus âgés ou est-ce l'inverse? A ce sujet, la théorie avancée par Caldwell stipule que dans les sociétés pré-industrielles les transferts se font des plus jeunes vers les plus âgés, et que lorsque l'on adopte un régime démographique où mortalité et fécondité sont faibles, la direction des transferts nets s'inverse. A partir d'enquêtes réalisées dans différentes régions du monde au cours des dernières années, Lee propose d'identifier la direction des transferts en comparant les âges moyens à la consommation et à la production pour quatre sociétés pré-industrielles. A chaque âge, Lee calcule la production totale des individus ainsi que leur consommation totale. Il sera évident que lorsque la production excède la consommation à chaque âge sauf chez les jeunes, nous avons une société où l'âge moyen à la production est supérieur à l'âge moyen à la consommation. Lee en conclu que dans un tel cas, les transferts se font des plus vieux vers les plus jeunes. Plus une personne âgée aura d'enfants, plus elle devra travailler, entraûnant une augmentation du volume des transferts vers les plus jeunes. Par ailleurs, des données de 1991 pour les états-unis montrent que l'âge moyen à la production y est inférieur d'environ quatre ans à l'âge moyen à la consommation. Ce dernier résultat est en partie expliqué par une forte consommation de soins de santé chez les plus âgés. La transition démographique semble donc favoriser un renversement dans la direction des transferts entre les jeunes et les plus âgés; renversement contraire à ce que propose la théorie de Caldwell. Il est souligné que ce résultat est fortement relié à la socialisation d'une partie importante des dépenses encourues par les personnes âgées.

Les six autres communications regroupées sous ce premier thème abordent, d'une façon ou d'une autre, cette socialisation de la prise en charge des personnes âgées et le coût de celle-ci dans une société vieillissante. Nous regrouperons ces communications par région: états-unis, Amérique du Sud et France.

Gokhale a utilisé la comptabilité générationnelle afin de montrer l'incidence du vieillissement démographique sur le fardeau que devront assumer les futures générations si aucune modification n'est apportée aux programmes sociaux existants aux états-unis. Cette communication avait pour objectif de montrer la sensibilité des résultats de telles études à des projections présentant différentes hypothèses en ce qui a trait aux phénomènes démographiques. De plus, Gokhale montre le rôle que joue la structure par âge sur l'accumulation de l'épargne et discute de l'impact du vieillissement dans le futur. Dans un premier temps, on montre qu'un enfant né en 1993 aura un taux d'imposition d'environ 33% sur l'ensemble de sa vie. Pour satisfaire la même politique fiscale, les futures générations devront être imposées à un taux de 83%. Il est ensuite démontré qu'un scénario où la fécondité, la mortalité et l'immigration seraient plus élevées aurait pour effet d'amoindrir le fardeau des générations futures. Ceci s'explique par des cohortes plus nombreuses, donc plus d'actifs qui se partagent les coûts des programmes sociaux destinés aux personnes âgées, et par une mortalité plus élevée qui se traduit par des dépenses moins importantes en faveur de ces dernières. Par ailleurs, des hypothèses démographiques inverses alourdissent le fardeau des générations futures: une baisse de la fécondité et de l'immigration réduit le nombre d'actifs et une baisse de la mortalité prolonge la période où les personnes âgées peuvent bénéficier de leurs prestations. A noter qu'on ne fait ici aucune hypothèse quant à l'évolution possible de la morbidité et des coûts qui pourraient y être associés. Quelles que soient les hypothèses retenues, il est toutefois souligné que le fardeau économique des futures générations deviendra, toutes choses égales par ailleurs, insupportable.

Dans le même ordre d'idée, S. Tuljapurkar et R. Lee, soulignant la relation entre l'incertitude démographique et la dynamique du fonds consacré au OASDI (Old-Age and Survivors Insurance and Disability Insurance), ont présenté un modèle stochastique pour estimer l'impact des hypothèses démographiques sur les dépenses sociales associées aux personnes âgées. Il s'agit d'une alternative aux méthodes habituelles où trois scénarios sont présentés sans toutefois qu'une probabilité soit accolée à chacun de ces derniers. Cette méthode pourrait très bien servir à tenir compte de l'incertitude dans l'évolution des variables économiques et, surtout, favoriser l'application d'une politique sociale plutôt qu'une autre en se basant sur les risques différentiels quant à leur viabilité dans une conjoncture démographique et économique donnée.

Trois communications s'intéressaient plus particulièrement à la situation dans divers pays de l'Amérique du Sud. Jorge Bravo a d'abord montré l'importance de plusieurs facteurs sur le taux de rendement pour une génération donnée d'un régime de retraite par répartition. En plus de la croissance des revenus, de la base de calcul des prestations de retraite et de l'équilibre financier du régime, Bravo montre que l'instabilité démographique joue un rôle important dans le calcul de ce taux de rendement. Il y est souligné l'importance tant des facteurs liés à la conjoncture économique (les gains de productivité par exemple) et démographique, qu'aux éléments qui définissent les règles de cotisations et d'accès aux prestations. Trois exemples sont présentés: la cas de la Colombie, de l'uruguay et du Chili.

Au sujet des règles qui régissent les régimes de retraite PUBLICs, Valdés a souligné l'importance du patronage dans la définition des conditions donnant droit à des prestations de retraite au Chili. Jusque dans les années 1970, chaque groupe social tend à acquérir un niveau de bénéfices proportionnel à son pouvoir politique. Depuis, de profondes modifications ont été apportées à ce régime qui est capitalisé depuis 1981.

Dans le même ordre d'idée, Rofman soulève les difficultés qu'ont rencontrées plusieurs régimes de retraite par répartition en Amérique du Sud. Les années 1960 ont d'abord été marquées par une multiplication des difficultés financières. Entre autres, on observe un vieillissement de la population qui tend à diminuer le taux de rendement du régime pour les générations futures (voir aussi J. Bravo). De plus, de nombreux facteurs socioéconomiques ou institutionnels viennent amplifier la situation: la popularité de l'économie souterraine (50% de la main-d'oeuvre n'ayant pas contribué au régime), l'âge donnant droit aux prestations est relativement bas (55 ans chez les femmes et 60 ans chez les hommes), les années de contribution exigées pour recevoir des prestations sont parfois très peu élevées (jusqu'en 1991, ce nombre était de cinq ans seulement au Brésil) et les taux de remplacement par rapport au revenu de travail sont particulièrement élevés. Ces facteurs conduisent inévitablement à la crise du régime PUBLIC de retraite. Face à cette situation, plusieurs pays d'Amérique du Sud ont donc modifié sensiblement les règles définissant ce type de régime. Dans plusieurs cas, le pays est passé d'un régime par répartition à un régime par capitalisation. Qui assumera le coût de cette transition? Rofman propose un cadre d'analyse qui permet d'estimer le coût que devront assumer les différentes générations lors d'une telle transition: les retraités actuels, les travailleurs déjà en place ou les travailleurs qui accèdent présentement au marché du travail?

En prenant l'exemple de l'Argentine, dont la transition date de 1994, Rofman utilise son cadre d'analyse afin d'identifier perdants et gagnants. Il estime les coûts de transition à une perte d'environ 18% du côté des revenus pour l'état. Rofman fait le lien entre chaque mesure adoptée par la réforme (hausse de l'âge de la retraite, hausse des taux de cotisations, etc.) et le groupe social qui devra en défrayer le coût. La cadre d'analyse présenté offre des possibilités fort intéressantes dans un contexte où il est de plus en plus question de modifier les régimes PUBLICs de retraite par répartition.

Comme Rofman le faisait pour l'Argentine, Blanchet et Monfort proposent un cadre d'analyse permettant de mieux comprendre les effets, en France, de modifications apportées au régime de retraite PUBLIC sur différentes générations. Il est d'abord souligné qu'un scénario où aucune réforme n'est envisagée demande que les taux de cotisation soient doublés d'ici 2030. Pour éviter une telle situation, plusieurs possibilités s'offrent aux décideurs: baser le calcul des prestations à partir des 25 meilleures années de vie active plutôt que sur 10 années; désindexer les prestations de retraite; passer à un régime capitalisé; augmenter l'âge de la retraite. La première possibilité n'affecte pas les cohortes antérieures à 1921. C'est à partir de 1950 que les cohortes sont affectées par ce changement et ce, principalement après l'âge de 60 ans. Quant à la désindexation des prestations, elle aurait un effet négatif sur l'ensemble des cohortes, mais plus particulièrement sur les plus récentes et ce, principalement aux âges avancés. Passer d'un régime par répartition à un régime par capitalisation évite le déclin du niveau de vie des jeunes retraités, mais ne peut empêcher le déclin de celui des plus vieux. Finalement, augmenter l'âge de la retraite favoriserait une hausse généralisée du niveau de vie de l'ensemble des cohortes. D'ailleurs, cette hausse de l'âge de la retraite ne se traduirait pas nécessairement par un rétrécissement de la période de retraite puisqu'elle sera accompagnée d'une amélioration de l'espérance de vie. Les travaux de Rofman et Blanchet montrent la complexité de l'exercice qui consiste à identifier les générations qui risquent de devoir payer pour les modifications futures apportées aux régimes de retraite PUBLICs actuels, tout étant relié au type de réforme appliqué.

Les échanges au niveau micro-économique

Nous avons ici regroupé l'ensemble des communications qui s'intéressent plus spécifiquement aux échanges réalisés dans le cadre familial. Tout comme dans le cas de la première partie, il s'agit d'une redistribution de la richesse entre générations, mais l'analyse se situe cette fois au niveau micro-économique. une autre nuance importante est à souligner; alors que précédemment on s'attardait d'abord et avant tout aux transferts dont la direction va des plus jeunes vers les personnes âgées, quelques études présentées ici s'intéressent à la réciprocité des échanges. Ces derniers peuvent être de nature monétaire, ou encore prendre la forme d'un bien immobilier ou de services rendus. Contrairement à la section précédente, plusieurs des communications portant sur l'analyse micro-économique utilisent des données de pays asiatiques (cinq communications portent sur un pays d'Asie).

une seule communication s'intéressait aux échanges effectués dans le cadre familial aux états-unis (Altonji, Hayashi et Kotlikoff). Dans un premier temps, l'Enquête 'Panel Study of Income Dynamics' de 1988 montre que les transferts monétaires se font essentiellement des parents vers les enfants. Par ailleurs, la réciprocité des transferts est beaucoup plus présente dans le cas des services. L'analyse multivariée montre que la probabilité d'un transfert monétaire vers les enfants croût lorsque le revenu des parents augmente. Le revenu des enfants n'a toutefois aucun effet significatif. Par ailleurs, la probabilité d'un transfert monétaire vers les parents croût avec le revenu des enfants; elle sera d'autant plus élevée si le revenu des parents est faible. Les transferts en services des parents vers les enfants ne sont pas affectés par le revenu, alors que les transferts en sens inverse diminuent lorsque le revenu augmente. Les résultats présentés par Altonji et al. semblent valider la théorie de l'altruisme puisque l'on observe que les transferts monétaires vont des plus riches vers les plus pauvres.

Deux autres communications étudiaient la réciprocité des échanges; l'une portant sur les échanges intergénérationnels à Taïwan et l'autre en Malaisie. L'étude de Mason et Miller s'intéresse à la redistribution du revenu entre les membres d'une même dynastie à Taïwan à partir de données de 1990. une dynastie regroupe tous les membres d'une même parenté et elle est dirigée par un patriarche. Mason et Miller ont identifié trois mécanismes pour assurer la redistribution du revenu. D'une part, la cohabitation de plusieurs générations permet un partage du revenu entre les différents membres du ménage; il s'agit du principal mécanisme de redistribution. D'autre part, les transferts privés sont aussi un important mode d'échanges intergénérationnels. A eux seuls, ces deux mécanismes éliminent 90% de l'écart entre le revenu d'une génération et celui de sa dynastie. Par ailleurs, les dernières années ont vu une baisse sensible de la popularité de la cohabitation, résultant en une moindre efficacité des mécanismes privés de redistribution du revenu. Les personnes âgées sont les premières affectées par ce phénomène. Toutefois, les transferts PUBLICs, plus importants aujourd'hui, ont davantage profité à cette population sans pour autant compenser la baisse du revenu résultant de la moins grande popularité de la cohabitation.

Lillard et Willis se sont intéressés aux échanges intergénérationnels en Malaisie à partir d'une enquête datant de 1988. Ils ont étudié les transferts monétaires ou autres sur une période de 12 mois. Lorsque transposés dans le cadre du cycle de vie, les transferts des parents vers les enfants se font relativement tôt et servent à financer l'investissement en éducation. Quant à eux, les parents reçoivent des enfants à l'autre extrémité du cycle de vie, et ces transferts seront fortement reliés aux nombre d'enfants et à leur niveau de scolarité. Contrairement à ce qui a été avancé plus haut concernant les états-unis, le revenu des parents affecte peu les transferts qu'ils reçoivent de leurs enfants. Ce résultat semble valider l'hypothèse d'un 'remboursement parental': les parents financent l'éducation de leurs enfants qui rembourseront les parents en les supportant financièrement pendant leurs vieux jours. Il est à souligner que ces transferts familiaux sont réalisés dans un contexte où il y a peu d'infrastructure publique pour assurer les transferts entre générations.

Quatre communications portaient essentiellement sur les transferts des enfants vers les parents. Yean-Ju Lee s'intéresse aux transferts financiers des enfants résidant à l'ex-térieur du foyer parental en milieu rural coréen. Il souligne d'abord que les régimes PUBLIC ou privé de retraite sont peu importants et que les personnes âgées en milieu rural ont peu d'épargne. Il faut ajouter que l'évolution récente des comportements familiaux fait en sorte que 60% des 60 ans et plus vivaient dans une famille étendue en 1980, contre 75% en 1970. A partir d'une enquête de 1993, Lee montre que la probabilité de supporter financièrement ses parents est supérieure chez les fils, mais que les filles non mariées présentent un comportement similaire. Le revenu de l'enfant est toutefois le facteur le plus déterminant, tandis que le niveau de scolarité de l'enfant n'est pas significatif. Tout comme il a été observé aux états-unis, il y a une relation négative entre le soutien financier des enfants et le revenu des parents.

Contrairement aux analyses macro-économiques, les transferts familiaux n'ont fait l'objet que d'une seule présentation concernant les pays d'Amérique du Sud. Bhaumik et Nugent se sont intérressés au cas du Pérou. Le contexte est ici différent; bien que le secteur PUBLIC n'assume pas, comparativement aux pays développés, une part aussi importante de la sécurité financière des plus âgés, les programmes de soutien du revenu sont tout de même plus présents que dans le cas de certains pays asiatiques. Le Pérou est quant à lui en pleine période de transition. Les résultats d'une enquête de 1986 montrent qu'un ménage dont le chef est une personne âgée (défini comme ayant 50 ans ou plus) voit sa probabilité de recevoir un transfert financier augmenter avec l'âge des enfants. Par ailleurs, le montant des transferts augmente avec l'âge du parent âgé et le nombre d'enfants. Bhaumik et Nugent sont d'avis que dans le contexte actuel, i.e. une forte popularité du travail au noir, les possibilités de mettre en place un programme de sécurité sociale viable semble peu prometteuse, d'autant plus que le Pérou connaûtra un vieillissement démographique accéléré au cours des prochaines décennies. Pour assurer une certaine sécurité économique aux personnes âgées de demain, ils suggèrent d'encourager l'épargne et la formation du capital.

Dans un contexte tout à fait différent, l'étude de Xuejin Zuo porte sur le rôle de la famille et de la communauté pour assurer la sécurité financière des personnes âgées en milieu rural en Chine. La politique de limitation des naissances a pour résultat d'accélérer le vieillissement démographique et de multiplier le nombre de couples âgés qui n'auront aucun enfant pour les aider financièrement. De plus, plusieurs autres n'auront aucun fils sur qui compter alors que les valeurs culturelles mettent d'abord et avant tout l'accent sur le rôle des fils comme pourvoyeurs des vieux parents. Les résultats d'une enquête réalisée en 1992 montrent que ce contexte est peu favorable aux personnes âgées. En effet, pour chaque enfant de moins, le soutien financier est réduit de 40%. Par ailleurs, le support des filles s'est avéré moins important que celui des fils. Il s'en suit que le fardeau du régime PUBLIC de sécurité sociale risque fort de s'accroûtre de façon importante au cours des prochaines décennies.

L'étude de Jieming et Feng tend à valider l'hypothèse d'un contexte peu favorable au support financier des personnes âgées en Chine. Ils se sont intéressés à l'évolution des valeurs culturelles en fonction de l'âge en milieu urbain. Les résultats montrent que les valeurs traditionnelles laissent place de plus en plus à l'individualisme parmi les jeunes générations. Toutefois, il semble que l'altruisme familial soit encore bien présent lorsque l'on évalue les attitudes face au soutien intergénérationnel. Le manque de ressources financières chez les personnes âgées risque plutôt de se manifester à travers la réduction de l'étendue du réseau de soutien reliée à la baisse marquée du nombre d'enfants.

L'une des communications présentée s'intéressait exclusivement aux transferts des parents vers les enfants. De plus, l'étude de Laferrère est la seule à centrer l'analyse sur l'héritage de la maison familiale et son utilisation par les héritiers. Cette problématique est particulièrement intéressante dans un contexte où l'attention, dans les pays développés, est davantage centrée sur les transferts PUBLICs, et le poids excessif de ces derniers, des actifs vers les personnes âgées. Alors que l'accès à la propriété est plus étendue (l'enquête portant sur la France chiffre à 60% la proportion de parents possédant une propriété), il est important de tenir compte de l'effet du transfert de cette propriété dans la comptabilité intergénérationnelle. Les données utilisées, pour la période 1991-92, montrent que près de 30% des enfants enquêtés ont reçu une propriété de leurs parents; 67% d'entre eux en garde possession. Parmi ceux qui en garde possession, 43% décident d'y habiter. Il faut souligner que parmi ceux qui vendent la propriété héritée, 18% utilisent le montant ainsi obtenu pour acheter une maison (le plus souvent, une première maison). Il semble donc que l'enrichissement relatif des personnes âgées au cours des dernières décennies pourrait faciliter l'accès à la propriété de leurs enfants.

Finalement, deux communications se situent davantage au niveau de la conceptualisation de modèles économétriques. L'étude de Foster et Rosenzweig et celle de Cigno se sont intéressées à la nature plus ou moins contraignante des échanges intergénérationnels et à leur efficacité. Il semble que celle-ci pourrait bénéficier d'un contexte où les ententes entre générations seraient davantage formalisées.

Dans l'ensemble, le séminaire sur 'Les relations économiques intergénérationnelles et le changement démographique' a favorisé une meilleure connaissance des mécanismes qui visent à redistribuer la richesse entre les différentes générations. Bien que chacun de ces mécanismes ait été abordé au cours du séminaire, il semble y avoir un travail important d'intégration qui demeure à faire au niveau de la recherche pour mieux comprendre l'interaction entre, d'une part, la redistribution collective de la richesse et, d'autre part, la redistribution familiale de cette même richesse.

Yves Carrière

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